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Lecture post-monothéiste de la Bible hébraïque

5ème leçon et conclusion du cycle : Mercredi 24 mars 2010 à 19h15, Centre Communautaire de Paris, 119 rue Lafayette, Paris 75010.

« Monothéisme, post-monothéisme et identité européenne »

À partir des séminaires précédents et de la leçon de clôture du colloque « Freud, héritage juif, héritage universel », il sera proposé une réflexion sur le dialogue entre les monothéismes, les athéismes, le post-monothéisme, la mémoire et la culture dans le cadre de l’identité européenne.

Le nouveau film de Scorsese : Shutter Island ou Shutter cinéma?

Il y a quelques années, Scorsese, l’auteur de « Shutter Island », s’était laissé entraîner par Roberto Benigni dans une danse infernale sur la scène du festival de Cannes. Il faut dire que le Jury qu’il présidait venait de décerner la palme d’or à « La vie est belle » et le monde entier (en tout cas celui du cinéma) était censé avoir découvert qu’il était souhaitable de vivre heureux après la Shoah, parce que c’était enfin devenu possible. On avait tourné la page de la création cinématographique entachée d’un soupçon de soi, car fondée sur le déni de l’impossible distanciation représentationnelle du génocide des Juifs d’Europe Centrale. La joie avait enfin fait sauter le verrou de la mélancolie, parce que la Shoah avait enfin pu devenir le sujet d’un conte. Certes, dans le film, le père du garçon finissait par être tué, mais son meurtre, dans l’angle mort de la caméra, n’était en aucune manière une métaphore du suicide du cinéaste réel qui s’identifiait à ce personnage et le jouait. C’était le meurtre-suicide d’une certaine figure du cinéaste qui, auparavant, n’avait pas le droit de scénariser la Shoah sans se référer à son historicité. Benigni avait peut-être dû présenter ses excuses à ceux des anciens déportés qui avaient souffert de ce qu’ils estimaient être un indigne tour de passe-passe et qui le lui avaient dit, mais il avait gagné son pari. La joie et la mélancolie n’avaient-elles pas, en effet, démontré qu’elles avaient enfin retrouvé leur vraie nature et qu’elles avaient réussi à se défaire du manteau spectral de l’extermination ?

Or, visiblement Scorsese ne s’est pas contenté de cette posture, puisque, avec « Shutter Island », il essaie, cette fois, d’archiver la Shoah comme un élément imaginaire du cinéma parmi d’autres.
Mais avant d’aller plus loin dans la mise en perspective psychanalytique de son dernier film, il est bon de situer, même très rapidement, cette entreprise dans l’histoire de la théorie de l’inconscient du cinéma.
En 1925, Sigmund Freud et Karl Abraham s’étaient opposés sur ce point. Pour le premier, le cinéma ne pouvait qu’être une imposture, s’il tentait de mettre l’inconscient à l’écran sans tenir compte du hiatus existant entre l’affect du désir du sujet et la représentation de mot, pris pour la chose même par l’image, que la psychanalyse du rêve avait révélé dans la psyché. Pour Abraham, le « transfert » était possible, car l’image cinématographique pouvait devenir une traduction transparente de ce hiatus « affectal », et le cinéma pouvait devenir un rêve objectif. Cela ne dépendait que de son producteur (au sens de scénariste, metteur en scène et réalisateur).
Or, en 1936, dans « L’œuvre d’art au temps de sa reproductibilité mécanique », Walter Benjamin avait tenté de sortir de cette alternative en décrivant le cinéma comme un inconscient visuel spécifique qui disposait de sa loi propre. Ce n’était pas seulement un avatar de l’histoire de la photographie laquelle, avec Charcot, s’était révélée indispensable à l’émergence d’une nouvelle neurologie, c’était la marque d’une maturation attestant de la volonté du cinéma (comme de la peinture surréaliste à la même époque) de revendiquer sa totale indépendance vis-à-vis de l’inconscient « freudien ». En tant que technique, le cinéma n’était plus seulement un instrument, mais un principe pulsionnel qui vivait de ses propres sources, de ses propres motions et de ses propres buts.
Depuis, la Shoah est passée par là et, si le philosophe Théodore Adorno a pu s’exclamer que « la poésie n’est plus possible après Auschwitz », on comprend que l’on ait pu se demander si, après Auschwitz, le cinéma était encore possible. Cet énoncé n’est pas aussi abrupt qu’il en a l’air. Il a souvent été posé, sous une forme ou sous une autre, ces soixante-cinq dernières années. Ainsi, je me souviens d’un dialogue télévisuel entre Marguerite Duras et Jean-Luc Godard, filmé en 1987 par Jean-Daniel Verhaeghe qui laissait entendre que le cinéma avait pu passer son temps (c’était une question) à éviter la tâche de mettre en scène la Shoah. Si bien que l’on pouvait se demander quel était ce cinéma qui avait été possible sur la base d’un pareil évitement.
Or, il n’est pas impossible, il est même probable, que Scorsese ait cru devoir et pouvoir faire sauter le parallélisme de Benjamin, en considérant que l’inconscient visuel du cinéma s’était définitivement installé sur les ruines de l’« inconscient freudien ». En effet, un des psychiatres de « Shutter Island » fait le fier en expliquant qu’un lien sémantique (à entendre dans la langue germanique) unit le rêve (« Traum ») et le traumatisme (« Trauma »). La vocation du cinéma serait donc de reproduire mécaniquement (bien plus que virtuellement) non seulement le traumatisme du réel, mais le rêve traumatique qui en serait le seul indice. En langage freudien, on dirait que le monde est investi par une névrose traumatique, mais en langage scorsesien, il s’agit seulement de dire que, le réel n’étant que l’accomplissement d’un rêve traumatique, le cinéma est on ne peut plus réaliste, lorsqu’il agence, à sa manière, le matériel psychopathologique de ses héros. C’est sans doute la raison pour laquelle Scorsese n’hésite pas à multiplier, et sans cohérence, les retours sur le passé de son héros, Teddy Daniels, et à pratiquer le copié/collé, au risque de suspendre, à maintes reprises, le souffle haletant du thriller.
Ce forçage conduit à mettre en doute la sincérité de l’enchaînement imaginaire de son film. En réalisant « Shutter Island », Scorsese semble, en effet, préoccupé par la volonté de prouver qu’un cinéaste peut se sentir délié de toute éthique du face-à-face avec l’imaginaire de la grande et de la petite histoire traumatiques et qu’il a le droit d’en disposer librement, sans se porter garant des lois du processus imaginaire même dont pourtant le cinéma est issu. Ainsi, il n’y a aucun lien d’évidence inconsciente entre la psychopathologie de son héros et ce qu’il nous présente comme ayant été son passé, seulement la volonté de passer outre l’intelligence de la transmission traumatique. De la même manière, en étant incapable de construire le personnage psychopathique de la femme du héros qui en vient à tuer leurs trois enfants, Scorsese fait apparaître un faux enthymême auquel il adhère sans demander son reste (surtout si cet enthymême figure déjà dans le livre de Denis Lehane qu’il a adapté). Ce faux entymème est le suivant : il irait de soi qu’un homme qui a fait partie des troupes américaines qui ont découvert des prisonniers, hommes, femmes et enfants, exterminés à Dachau  ait le désir inconscient de tuer plus tard les trois enfants qu’il aura eus de son mariage, et que sa femme finisse par accomplir ce désir à sa place. Car, il n’y a aucun allant-de-soi de cette sorte, seulement le désir de Scorsese que le désir inconscient du héros ait été celui-là et que sa femme ait eu l’intuition qu’elle devait le réaliser en son nom.

Si cette interprétation est juste, elle révèle, chez Scorsese, une saturation devant le travail de mémoire, sa mise en demeure qu’il s’arrête, car il le rend « fou », et sa revendication de construire un film dans lequel on chercherait en vain le respect du processus primaire pourtant à l’œuvre dans le désir du cinéma. « Shutter Island » se présente alors comme l’indice d’un « Shutter Cinéma », c’est-à-dire d’un cinéma à volets clos, car vécu comme un vestiaire labyrinthique dans lequel figurent des portemanteaux auxquels on accroche désormais la farouche volonté de manipuler l’« inconscient freudien ».

Conférence au Cercle Bernard Lazare sur « La Grande Rupture » (A.Dupas, G.Huber), le 18 mars à 20h30.

À l’invitation du Cercle Bernard Lazare, Alain Dupas et moi-même aurons le plaisir de présenter notre livre « La Grande Rupture », paru en janvier 2010, chez Robert Laffont, le 18 mars 2010, à 20h30. Le thème de la soirée est le suivant : « la technologie conduit-elle vers un dérapage incontrôlé de l’humanité?  »

(10 rue Saint-Claude, 75003 Paris – bernardlazare@noos.fr)

Freud, l’Histoire et le Politique. Le cas du sionisme.

À l’invitation de la « Commission Psy » de FRANCE-ISRAËL (Alliance Général Kœnig), j’aurai le plaisir de donner une conférence sur le thème : « Freud, l’Histoire et le Politique. Le cas du sionisme », le jeudi 8 avril 2010, à 20h30, Salon Amphi Pereire, 100 bd Pereire 75017 PARIS (métro : Pereire – ligne 3 – RER : Ligne C). PAF : 15 €. Nombre de places limité – réservation demandée au 01 47 20 79 50 ou par e-mail : contact@france-israel.org, tél. : 01 47 20 79 50.

La France et le Darfour, par Richard Rossin

Cet article est paru dans http://laregledujeu.org/2010/02/24/953/la-france-et-le-darfour/.

Merci à Richard de m’avoir autorisé à le publier sur mon site

La France s’est intéressée au Darfour, je peux en témoigner. Même l’ancien ministre des affaires étrangères M. Douste Blazy, quoiqu’on en dise s’y était intéressé au moins après le 20 mars 2007, date de la grande manifestation du collectif Urgence Darfour à la tribune de laquelle étaient présents notamment BHL et Bernard Kouchner (BK). Le ministre, lui, était dans la salle, il a compris le message et me proposera le statut de réfugié politique pour le président du Mouvement de Libération du Soudan (SLM), Abdul Wahid Al Nour (AW) qui, lui, le refusera sous l’argument majeur qu’il n’est pas un réfugié mais un combattant de la Liberté. A cette manifestation à la Mutualité étaient présents aussi les principaux candidats à l’élection présidentielle ou leurs représentants mandatés qui tous ont signé un engagement écrit de protection des populations. Nous étions deux, BHL et moi, les seuls à avoir fait un long périple clandestin avec les hommes du SLM, à pouvoir témoigner directement des horreurs vues._Le président Sarkozy est élu et nomme son ministre des affaires étrangères. AW, qui était venu en Europe pour trouver une aide pour « son peuple », jubile ; je lui avais présenté BK quelques mois plus tôt, ils étaient devenus amis. Il a fallut tempérer un peu l’enthousiasme, expliquer que l’ami était devenu Ministre de la France. Néanmoins l’enthousiasme était aussi ministériel : la première réunion organisée au Quai d’Orsay fut consacrée au Darfour. Le nouveau ministre rêvait d’organiser des couloirs humanitaires, il avait encore les mains libres et la vision mais évidemment les institutionnels de la Charité n’en voulaient pas, ça venait de Bernard. A coté de ces bassesses pointait l’idée d’un humanitaire de secours comme s’il s’agissait d’une catastrophe naturelle dans une petite région africaine subsaharienne. Impossible de faire entendre qu’il s’agit d’un problème politique à l’échelle du Soudan, l’humanitaire est devenu le cache misère de l’indigence politique. Exit la prise de pouvoir de Béchir par un coup d’Etat militaire en 89 (son parti avait perdu les précédentes élections avec seulement 10% des voix), exit les vingt ans de massacre et ses deux millions de morts au nom du Djihad contre ceux qui, non musulmans, refusaient la Charia dans le Sud et dans les Monts Nubas, exit les rapports étroits du régime avec la mouvance terroriste islamiste dans tous ses groupes (accueil de Carlos, de Ben Laden, du Hamas sans parler des accords militaires avec l’Iran). De l’aide pour le SLM ? On trouve AW sympathique._La France s’intéressait au Darfour (toujours pas au Soudan) : elle organise immédiatement une grande conférence internationale à Paris. Grande victoire ! Pour qui ? On essaie de convaincre AW d’aller en Libye négocier avec ceux qui n’avaient à cinq reprises pas respecté leurs engagements ; Kadhafi était un grand ami de la France, il devait même acheter une centrale nucléaire après sa courtoise visite dont les parisiens se souviennent encore. A cette époque les américains faisaient encore plus, incapables d’appliquer des sanctions aux bourreaux, ils avaient proposé des sanctions contre les victimes qui se défendent… (Natsios, Negroponte) mais ça n’avait choqué personne. Parallèlement, on donnait des experts pour expliquer au bon peuple que c’était une histoire ancienne de tribalisme mais à notre connaissance il n’est pas de milice Djandjawid (cavalier du diable) qui ait une capacité de bombardement aérien. On a parlé de guerre climatique, certes il y eut des sécheresses dont celle de 84 à 87 qui permit au colonel libyen de créer là bas les premières milices islamiques soudanaises mais l’eau qui arrive en Libye vient largement du Darfour…
La France s’est intéressée au Darfour et elle a organisé une réunion entre le SLM et les 5 du conseil de sécurité, l’ONU et l’Union Africaine ; on y a conclu qu’aucune négociation n’était possible sous les bombardements, les bombardements continuent et la France ne cesse de faire pression sur AW pour qu’il aille aux négociations à Doha… notre nouvel Eldorado. D’ailleurs l’homme est en situation irrégulière depuis plusieurs mois ; il n’aura de titre de séjour et de droit de retour que s’il accepte d’aller là bas. Là bas alors que le gouvernement soudanais ne veut rien céder notamment sur la démocratie et le développement selon BK dans « le Point », là bas où ceux d’un autre groupe qui avaient signé un accord de « bonne volonté » ont été bombardés dès leur retour au pays. Est-ce à dire que la France ne veut accueillir que des tyrans : Mobutu, Baby Doc, Khomeiny, Sa majesté le cousin Bokassa… et que s’agissant d’un homme se battant pour la liberté et la laïcité cela devient plus difficile ?
La France qui n’a aucun intérêt au Soudan et qui avait été en pointe pour la saisine de la Cour Pénale Internationale (CPI) veut maintenant que la victime négocie avec des assassins poursuivis et surarmés ; de fait l’embargo ne gène que les résistants et pas le Soudan. La CPI avait déjà poursuivi pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité Mr Haroun (membre du gouvernement soudanais) qu’évidemment Khartoum a non seulement refusé d’extrader mais en a, en outre, cyniquement, fait son « ministre » de l’action humanitaire rendant d’ailleurs tout fonctionnaire des Nations Unies rentrant en contact avec lui susceptible d’être accusé de complicité des mêmes crimes.
Pendant ce temps les combats n’ont jamais cessé, le gouvernement français nous a simplement fait part avec satisfaction d’une baisse d’intensité (moins de morts). Mais l’armée soudanaise vient de lancer une violente offensive dans le Djebel Mara et la possibilité d’une amélioration des relations avec son voisin tchadien se fait sur le dos des darfouris : Béchir et Deby s’embrassent, les darfouris meurent.
Puisqu’AW refuse d’aller à Doha sous la pression du « je te donne un visa si tu vas à Doha » certains membres de la communauté internationale ont joué dans la fragmentation du SLM le même rôle que le président soudanais et ont beau jeu après de remarquer des guerres fratricides…
Finalement, Khalil Ibrahim signe un accord à Doha: entre islamistes on peut toujours s’entendre et peut-être va-t-il même retrouver son poste de gouverneur du Darfour. De toute façon les accords Tchad-Soudan lui ont fait perdre tout soutien, il a peu ou pas de base populaire et dépendait complètement du président Deby. Paris a bien joué mais rien ne changera sur le terrain.
J’ai à plusieurs reprises vainement tenté de rencontrer le Président Sarkozy pour évoquer une autre vision possible et une autre implication de la France. Se laisser aller au consensus mou de l’amour des diplomates pour le statut quo, ne laisse plus pour entrer dans l’Histoire que la construction d’une seconde grande bibliothèque. Je suis ami avec BK depuis 1973 et je sais que la fonction ministérielle est difficile et pleine de contraintes, cette amitié là est indéfectible, née dans des combats communs, mais parfois je me demande si K n’oublie pas un peu B et si on ne le pousse pas un peu à lui faire endosser le rôle de “bad boy” dans cette affaire.
La France prétend vouloir aider AW malgré lui mais est-ce à la France de décider à sa place ? Est-ce au plus fort et au plus en paix d’être le plus exigeant ? Quel danger pour la France que le séjour d’AW et sa liberté de circuler ? Pourquoi lui refuse-t-on un visa ? Par ailleurs d’où vient cette idée qu’il faille tout brader pour un « chiffon de papier » comme à Munich ou à Yalta ? Qui ose dire que la paix ne vient que de négociations même avec des criminels poursuivis ? Quid de Postdam, Tokyo etc …

AW n’a plus rien à espérer, sûrement il va quitter la France, il va s’expulser tout seul. Finalement, et si la France et les autres cessaient de s’occuper du Darfour et ne s’occupaient que de nourrir les rescapés de Béchir que Béchir jette dans des camps ?

Appel à signature d’une pétition citoyenne internationale concernant la Restitution de la dette de l’Indépendance pour la Reconstruction d’Haïti : haitirenaissance@gmail.com

Restitution de la dette de l’Indépendance pour la Reconstruction d’Haïti.
Pétition internationale citoyenne à l’occasion de la visite en Haïti
du Président de la République française Nicolas Sarkozy.

Depuis le 12 janvier 2010, suite au terrible séisme qui a ravagé Haïti et fauché la vie de plus de 200.000 personnes, le malheur d’Haïti est porté au devant de la scène internationale. Passées l’émotion forte et la compassion des premiers moments, il faut penser à la reconstruction d’Haïti et surtout aux moyens financiers à mobiliser en vue de cette reconstruction. Les premières estimations avancent le chiffre d’une dizaine de milliards de dollars pour une première relance. Où le pays va-t-il trouver ces fonds ?
Le président français, Nicolas Sarkozy, sera en Haïti le 17 février prochain. Première visite d’un chef d’État français sur le sol d’Haïti depuis son indépendance, c’est l’occasion de revenir sur le sujet de la restitution de la dette de l’indépendance crucial, tant pour Haïti (ancienne colonie française qui fut son grenier durant tout le 17eme et le 18eme siècles) et la France que pour l’Humanité tout entière.
De manière systématique, les médias occidentaux se plaisent à rappeler à la face du monde qu’Haïti, ancienne colonie française et premier État Noir du monde, est le pays le plus pauvre de l’Hémisphère, sans expliquer les causes profondes de cette pauvreté. Haïti est le deuxième pays indépendant d’Amérique après les États-Unis en 1776. Ironie du sort, le premier est aujourd’hui économiquement le plus puissant de la planète ; le second est le plus pauvre du continent. Cela n’est pas le résultat d’une fatalité ni d’une malédiction. Après avoir subi les affres de l’esclavage et du colonialisme de 1492 à 1803, au cours de la première moitié du 19e siècle et jusqu’en 1946, la jeune nation haïtienne a été contrainte de payer un tribut à la France pour être reconnue par la communauté internationale esclavagiste et colonialiste à l’époque.
Ce tribut, fixé d’abord à 150.000.000,00 Francs or, par la suite réduit à 90 millions, a été versé jusqu’au dernier centime par la premier État Noir à la patrie des Droits de l’Homme. Que cela soit au point de vue économique, social, voire écologique, les conséquences de cette dette odieuse et colossale sur le développement du pays ne sont plus à démontrer. Tous les historiens s’accordent à dire que cette rançon imposée par le fort au faible a hypothéqué le devenir haïtien. Par la suite, des jeux de l’impérialisme et du racisme blanc, l’île, jadis, la plus riche et la plus prospère sombra dans la misère et dans l’incapacité de construire une économie florissante.
Comme l’écrivait déjà en janvier 2004 Louis-Philippe Dalembert, la France n’est pas sortie grandie de cette dette immorale et inique. Ainsi, aujourd’hui plus que jamais, alors qu’Haïti est à nouveau à la croisée des chemins de la reconstruction nationale, la nécessaire question de la Restitution de la dette de l’indépendance, déjà soulevée en 2003, est à l’ordre des priorités pour donner à cette République de la Caraïbe un nouveau départ.
Aujourd’hui, plutôt que de miser sur les hypothétiques investissements de capitaux étrangers ou sur les prêts du FMI ou de la Banque Mondiale et sur la raison mercantile capables de redynamiser l’économie haïtienne et de favoriser la reconstruction du pays, il nous semble nécessaire d’exiger de la France qu’elle rembourse à Haïti la rançon équivalent à 21 milliards (estimation en USD, 2004) qu’elle a reçue de 1825 à 1946.

Il ne fait aucun doute que la restitution de ces fonds pourrait constituer un complément substantiel à la politique de reconstruction et de développement d’Haïti. Avec cet argent, la nation haïtienne pourra ériger des écoles, des hôpitaux, des logements sociaux respectant des normes parasismiques, des universités. Des infrastructures de communication, des routes, des ponts, des barrages, des canaux d’irrigation, des centrales électriques à énergie renouvelable pourraient être réalisés. On pourrait enfin envisager sérieusement la relance de l’économie nationale: recapitalisation de la paysannerie, de l’artisanat, de l’agro-industrie, et de l’industrie locale pour redynamiser le marché national, la nourriture deviendrait abondante et l’idéal de sécurité alimentaire serait atteint…
Voilà pourquoi nous exigeons la restitution de la rançon payée par Haïti à la France pour la reconnaissance de son indépendance à partir de 1825. Comme cela a été déjà signalé, cette somme est due par la République de France à la République d’Haïti. Il s’agit maintenant de discuter des formes de remboursement.
Dans la grande tradition révolutionnaire des 18e et 19e siècles, la République française a toujours manifesté une volonté d’être à l’avant-garde de l’histoire humaine universelle ! Que cela soit l’occasion de la mettre à l’épreuve de son passé colonial esclavagiste et de sa volonté de rupture avec cette partie sombre de son Histoire.
En restituant à Haïti ces fonds injustement spoliés, la France peut aider Haïti à reprendre en main sa destinée et à mettre fin, en toute autonomie et dans la dignité, à l’insupportable souffrance, et ce sans avoir pour cela à liquider son histoire, son héritage et sa fierté. Ce ne sera que justice !!!

Suivent les signatures :

1.-Calixte, Fritz
2.-Darbouze,James
3..-Byron,Jhon Picard
4.-Thomas,Yves Michel
5.-PierreDahomey, Josue
6.-Ogilvie, Bertrand

Dialogue avec le philosophe Jean-François Rey

Mon analyse des expositions de Christian Boltanski a suscité des réflexions parmi lesquelles je voudrais distinguer celle de mon ami Jean-François Rey, professeur agrégé de philosophie à Lille et l’un des meilleurs connaisseurs et analystes de la pensée de Emmanuel Levinas. Je le remercie pour avoir engagé ce débat.

« Ma première réaction à ton texte a été une réminiscence d’une phrase d’Adorno quand il dit qu’après Auschwitz, avoir peur de la mort, c’est avoir peur de quelque chose de pire que la mort. En effet, ce que j’ai vu de l’installation de Boltanski me ramène plutôt vers des questions sans réponse à ceux qui ne sont plus là et à qui je prète encore un pouvoir de parole « après » leur mort. J’ai d’ailleurs expérimenté quelque chose de cela lors de la disparition brutale et très récente d’un ami. J’ai d’avantage pensé à la brutalité du décès (accidentel?) en m’immergeant dans l’univers de Boltanski. Toute référence à la Shoah, dans ce contexte, est ramenée à une expérience que chacun a pu faire dans les circonstances de la vie « ordinaire »: le disparu m’interpelle de la place vide où il peut faire retour pour me poser des questions comme : »pourquoi m’as tu laissé mourir seul? ». Sur le fond, je suis assez d’accord pour distinguer le mourir et l’extermination: peut on pour autant reprocher à Boltanski de faire la confusion? N’ayant pas vu l’installation du Grand Palais, je ne me prononce pas. En revanche le titre ( »après ») en rajoute sur la confusion. Au fond je crois qu’on est là au plus près des paradoxes soulevés par l’ impossible « expérience » de la mort. Toute expérience de la mort, au sens de Landsberg, ne peut être depuis la Shoah que pensée ou représentée sous cet horizon là. Voilà donc quelques réactions ou questions. » JFR

De la banalité du mal (H.Arendt) à la banalité de l’extermination (C.Boltanski) ?

Commençons par le commencement. D’abord : expliquer le titre de cet article. Car, si un lecteur pense qu’en formulant l’idée de « banalité du mal », Arendt a voulu innocenter Eichmann et, qu’affirmant que Boltanski « banalise l’extermination », je cherche à démontrer qu’il est en train de l’innocenter, je lui dis aussitôt qu’il vaut mieux qu’il s’arrête immédiatement de lire le texte qui va suivre. Ma réflexion commence, en effet, à partir du moment où l’on ne fait pas ce type de confusion. Ceci étant acquis, ce que j’essaierai de dire, c’est que Personnes (Monumenta 2010, Grand Palais) et Après (Macval) sont deux expositions qui, séparément, sont belles et inventives, mais dont le rapprochement (qui est au principe même de l’événement), a pour effet de dissoudre tout jugement personnel quant aux différences entre l’extermination et la mort.

photo Personnes (Monumenta 2010, Grand Palais)

phot[1] Après (Macval)

Si bien qu’on en vient à penser que, de même que le mal, au sens d’Arendt, l’extermination, au lendemain de la Shoah, doit être considérée comme très répandue et même anodine. Or, sur la base même du constat que l’extermination génocidaire existe (ce qui donne sens à l’évocation de Auschwitz-Birkenau, dans l’exposition Personnes, mais l’évocation ne concerne pas que le génocide des Juifs), seul le discours psychanalytique est capable de dire qu’elle n’est pas « banale » ; seul il peut subvertir le discours dominant dont ces deux expositions participent. Car, ne l’oublions pas, ces deux expositions ont la particularité de ne pas scandaliser, de ne pas provoquer. Il suffit, au Grand Palais, d’entendre les animateurs culturels parler aux visiteurs pour s’en rendre compte. Certains d’entre eux ont même affirmé qu’ils n’ont strictement rien pu ressentir de profond. On pourra toujours dire que c’est parce qu’ils sont restés devant l’œuvre et qu’ils n’y sont pas entrés, mais justement, cela pose un problème majeur que l’efficacité des expositions dépende de ce que Boltanski attend, sinon prescrit. En outre, on peut « entrer » dans une œuvre sans adhérer au mode d’emploi qui est proposé, voire assigné, pour y entrer. Il y a là une forme d’autoritarisme qui révèle un aspect dénié de la culture moderne, mais qui n’est pas acceptable, surtout lorsqu’on éprouve personnellement la liberté de ses propres sentiments et de ses propres affects, notamment devant l’extermination et la mort, mais aussi bien devant la création et la vie. C’est cette liberté que le psychanalyste revendique.

Mais il y a plus. La métaphore de l’entrée dépasse considérablement le discours de Boltanski, lequel est suspendu à la distinction confuse des catégories de l’avant (Personnes) et de l’après (Après), alors que, ce dont il est question, ce qui est l’objet même de ses deux expositions et que Boltanski recouvre du vêtement de ladite distinction, c’est la simultanéité du meurtre (Personnes) et de la mort (Après). Pour le dire autrement, Boltanski confond extermination et mort et nous invite à penser l’extermination en la banalisant comme la mort (laquelle, faut-il le rappeler, n’est pourtant jamais banale).

On pourrait croire que ce que j’écris est identique à ce que Boltanski nous dit, que ce qu’il nous montre, c’est justement la singularité de la mort, et notamment le fait que toute mort n’est pas une extermination. Mais ce n’est pas le cas. Si l’on croit ceci, c’est que l’on ne tient pas compte d’un hiatus entre l’anonymisation (Personnes) et la personnification (Après). Paradoxe ne veut pas dire conscience. En fait, s’il fallait renommer les deux expositions, selon le critère de signification inconscient qui, selon moi, les architecture dans leur division spatiale même, alors qu’il s’agit d’une simultanéité temporelle, il faudrait dire que Boltanski nous convie au Dehors (Personnes) et au Dedans (Après). D’une certaine manière, Après est avant, et Personnes est après. Mais, même cette distinction ne convient pas, car elle détruit la dissymétrie des deux regards de l’artiste. Elle fait croire à leur symétrie.

C’est alors que l’on saisit mieux la confusion dont ces expositions sont porteuses. Personnes évoque ce qu’il reste quand le meurtre de masse a eu lieu. Or Après n’évoque pas ce qui se passe, lorsque l’on a été exterminé, mais lorsqu’on est mort, pour une raison ou une autre. Parce que, pour Boltanski, toute mort est une extermination et tout mort est un tué, dans la création, l’identification avec l’exterminé ne se distingue pas de l’identification avec l’exterminateur et inversement. Certaines questions que les voix des mannequins posent au mort (dans l’exposition Après) ne peuvent au demeurant pas être posées à l’exterminé (Personnes) sans obscénité, c’est-à-dire sans qu’il y ait eu une discontinuité dans la psyché qui fait que le sadisme et le masochisme ne sont plus distinguables, ou plutôt que leur distinction n’a fondamentalement plus de signification en regard de la signification « métaphysique » que l’on veut donner à la mort. Je ne « conteste » pas les questions posées au mort, je dis seulement qu’elles ne peuvent pas être toutes adressées à l’exterminé. Et reconnaître que l’on ne saura jamais, à tout jamais, ce qu’ont vécu et pensé les exterminés au moment où l’extermination leur a été infligée, ne justifie pas, surtout pas, de tenter de banaliser leur mort en la rapportant à la mort, même brutale, d’une personne qui n’est pas morte exterminée.

Peut-être me reprochera-t-on de provoquer une dissipation du soulagement que l’on espérait trouver, en entrant dans ces deux expositions ? Peut-être suis-je en train de commettre le crime de lèse-majesté qui consiste à troubler la catharsis qu’elles sont censées susciter, mais je pense que celui ou celle qui veut renforcer sa capacité de jugement personnel devant la spécificité de l’extermination et réparer la signification symbolique de la mort si massivement vouée à la destruction doit nécessairement passer par ce malaise.