(Cours donné dans le cadre du Centre Communautaire de Paris)
Une seule fois, sur la stèle de Mineptah, dite aussi « Stèle d’Israël », les égyptologues ont pu lire un ensemble de hiéroglyphes qu’il a été habituel de rendre sur le plan acoustique par : « Isiriar », puis, selon une restitution graphique plus « moderne », par « ‘jsrj3r(w) ». Mais le fait qu’ils n’aient trouvé qu’une seule référence ne les a jamais troublés. C’est le cas notamment de Donald B. Reford qui, tout en soulignant que dans les sources égyptiennes et ouest-asiatiques, il n’y a virtuellement aucune référence à Israël jusqu’au XII e siècle avant l’ère commune et à peine quelques allusions, pendant les quatre siècles qui suivent, n’en tient pas moins pour assurée la traduction de « Isiriar » en « Israël » . À ce jour, on n’a toujours pas trouvé d’autre mention de ce mot sur quelque texte égyptien que ce soit. Dans ces conditions, nous sommes autorisés à tenir ce mot pour un hapax , c’est-à -dire quelque chose qui a été dit une seule fois dans la langue des hiéroglyphes.
La traduction académique du texte de la Stèle
La traduction académique de la fin du texte (Claire Lalouette, in « L’empire des Ramsès », éditions Flammarion, 2000, p. 276-7) qui nous intéresse plus particulièrement, puisque l’hapax s’y trouve, est la suivante :
« Une grande joie est advenue en Égypte et la jubilation monte dans les villes du Pays bien-aimé. Elles parlent des victoires qu’a remportées Mineptah sur le Tjehenou. Comme il est aimé, le prince victorieux ! Comme il est grand le roi, parmi les dieux ! Comme il est avisé, le maître du commandement !
Oh qu’il est doux de s’asseoir et de bavarder ! Oh ! Pouvoir marcher à grands pas sur le chemin sans qu’il n’y ait plus de crainte dans le cÅ“ur des hommes. Les forteresses sont abandonnées, les puits sont rouverts, accessibles désormais aux messagers ; les créneaux du rempart sont tranquilles et c’est seulement le soleil qui éveille les guetteurs. Les gendarmes sont couchés et dorment. Les éclaireurs sont aux champs (marchant) selon leur désir. Le bétail, dans la campagne, est laissé en libre pâture, sans berger, traversant (seul aussi) le flot de la rivière. Plus d’appel, plus de cri dans la nuit : « Halte ! Voyez, quelqu’un vient qui parle la langue d’autres hommes. » On marche en chantant, et l’on n’entend plus de cri de lamentation. Les villes sont habitées de nouveau et celui qui laboure en vue de la moisson, c’est celui qui la mangera.
Rê s’est tourné vers l’Égypte, tandis qu’a été mis au monde, grâce au destin, son protecteur, le roi de Haute et de Basse-Égypte, Baenrê, le fils de Rê, Mérenptah.
Les chefs tombent en disant : Paix ! Pas un seul ne relève la tête parmi les Neuf Arcs.
Défait est le pays des Tjehenou.
Le Hatti est paisible.
Canaan est dépouillé de tout ce qu’il avait de mauvais.
Ascalon est emmené.
Gezer est saisie.
Yenoam devient comme si elle n’avait jamais existé.
Israël est détruit, sa semence même n’est plus.
La Syrie est devenue une veuve pour l’Égypte.
Tous les pays sont unis ; ils sont en paix.
(Chacun de) ceux qui erraient sont maintenant liés par le roi de Haute et Basse Égypte, Baenrê, le fils de Rê, Mineptah, doué de vie, comme Rê, chaque jour. »
Les raisons de la traduction du mot « Isiriar » en « Israël »
La traduction des hiéroglyphes n’échappe pas à la règle traditionnelle qui consiste à croire qu’on traduit des langues, là où, en fait, on traduit des discours. Henri Meschonnic faisait remarquer que, quand bien même on prétend traduire des « messages », plutôt que des langues, on est encore dans le refus de se placer du point de vue du discours, c’est-à -dire de l’historicité du signifiant : « La notion de discours ne se confond pas avec celle de message. Le message ramène le discours à la phrase, et surtout à l’idée, au plan des « informations », qui est celui du dualisme : « on communique le sens des messages » » . En effet, dans l’exercice anthropologique du langage, c’est la pratique du signifiant, c’est-à -dire le discours, qui est premier, non la langue. Même lorsque, comme dans un texte sacralisé, l’auteur prétend ne laisser aucune place à une différence aussi mince soit-elle entre signifiant et signifié, discours et langue. C’est là tout l’enjeu de la traduction d’«Isiriar ». En faisant de la langue égyptienne la donnée originaire, les égyptologues ne font rien d’autre que substituer leur propre discours à celui des Égyptiens. Cette critique éclaire la traduction académique de notre hapax en ysry ou ysry3r/l et fait apparaître que, pour parvenir à « Israël » qui contient un « r » et un « l » en hébreu, elle répond à deux types de contraintes, l’une que l’on prétend interne, la contrainte linguistique, l’autre qui est externe, la contrainte bibliste.
Mais, c’est surtout la volonté due à l’esprit bibliste de mettre la lecture des hiéroglyphes en conformité avec la graphie biblique du nom d’Israël (écrit en hébreu) qui explique la compulsion à parvenir à « Israël » et l’instrumentalisation des hiéroglyphes que cette lecture implique. Certes, lorsqu’il décrypte la stèle, Petrie n’est pas à la recherche d’une inscription signifiant « Israël ». Mais, lorsqu’il lit « Isiriar », c’est immédiatement à « Israël » qu’il pense, puisque Mineptah est le fils et successeur de Ramsès II, le pharaon qui, en vertu de la mention de la ville de Ramsès au début du chapitre de l’Exode, est alors considéré comme le « pharaon de l’Exode », ou bien ce pharaon même. Certes, la Bible ne dit pas qu’une défaite infligée aux enfants d’Israël par Pharaon a eu lieu quelque temps après leur traversée de la mer de sel (Yam souf) et l’engloutissement des armées égyptiennes. Mais Petrie est sûr que la découverte de ce mot et que sa traduction (obligée) va tout de même jeter une lumière sur une période particulièrement obscure de l’histoire biblique d’Israël, en amont ou en aval de la conquête de Canaan. Un an avant sa découverte, l’égyptologue genevois Édouard Naville n’avait-il pas écrit que « la tâche de l’archéologie en face de la Parole révélée (n’est pas) de remplacer l’Écriture, ni même la reconstituer avec d’autres mots, mais en faciliter l’intelligence, et, si possible, recomposer le cadre des événements qu’elle nous raconte. »
Remarquons que cette association d’idée entre « Isiriar » et « Israël » qui relève de l’activité cognitive et psychique normale est tout à fait légitime. Mais son statut associatif ne vaut pas vérité scientifique. Petrie le sait. C’est pourquoi, il se tourne vers Spiegelberg et lui demande confirmation. Or, celui-ci n’est pas seulement un philologue, c’est aussi un historien de la Bible, et c’est donc tout naturellement que, dans le même état d’esprit, il confirme cette lecture. Parvenus à ce stade, les deux savants devraient appliquer à la lecture de ce mot la méthodologie que, depuis Jean-François Champollion, les égyptologues appliquent à celle de tous les autres, c’est-à -dire la méthode comparative. Je rappelle que c’est en comparant le grec, le démotique (écriture documentaire) et les hiéroglyphes (écriture sacrée) figurant sur la « Pierre de Rosette » que Champollion a fondé la discipline scientifique de l’égyptologie. Émettant une hypothèse, Petrie et Speigelberg devraient alors suspendre leur conclusion, dans l’attente, ici, des résultats de la lecture de mots similaires trouvés dans la littérature pharaonique dont l’exploration est guidée par la mise en parallèle du récit de la Bible et de l’archéologie . Or, ni à ce moment ni plus tard ils ne reviennent un seul instant sur le fait qu’ils n’ont pas trouvé l’équivalent de ce mot ailleurs. Pas un seul instant, ils ne mettent en doute la transformation de leur hypothèse en vérité scientifique. Pas un seul instant, ils n’encouragent la lecture critique de leurs conclusions. En revanche, ils se hâtent de reconstruire l’histoire d’Israël en appui sur leurs découvertes.
En fait, Petrie et Spiegelberg ne sont pas conscients qu’ils sont aliénés à une préconception biblique de la lecture du mot hiéroglyphique d’« Isiriar », parce qu’ils veulent à tout prix résoudre l’énigme de l’Exode des fils d’Israël. Pour eux, il n’y a sans doute pas de « préconception biblique ». Il est vrai que ce que j’appelle « préconception » est, pour eux, un résultat scientifique qui se soutient des affirmations du « Maître » : Champollion. Celui-ci écrit : « L’exode nous apprend qu’une des villes de la basse Égypte, bâties par les Hébreux, pendant leur longue captivité, portait le nom de Ramesses ou Ramsès, et le nom est écrit dans le texte original par un resh, un aïn, un mem et deux samech, c’est-à -dire par autant de signes équivalents aux caractères hiéroglyphiques qui forment ce même nom Ramses dans les « légendes ». Le roi qui donna son nom à cette ville (Péluse ?) ne peut être que le fameux Ramsès II, le Sésostris des grecs, et c’est sous le règne de son fils Menephtah que se serait accomplie la sortie des Israélites . »
Dans « Egypt and Israel » (1896), Petrie part de la certitude de la présence du peuple d’Israël pendant les guerres menées par Mineptah. Il énumère cinq possibilités concernant la dévastation d’Israël et le fait qu’il n’a plus de semence. Mineptah étant considéré comme le pharaon de l’Exode, elle peut être référée
Au meurtre des premiers-nés des Israélites en Égypte.
Aux Israélites de Palestine (sic !) après l’Exode, ce qui est impossible, puisqu’il n’y a pas de trace de campagnes de Ramsès III (successeur de Séthi II qui a lui-même succédé à Mineptah) ni d’Israélites en Palestine dans le livre des Juges.
À certains Israélites qui étaient restés en Palestine (sic !) à l’époque où la majorité était descendue en Égypte (avec Jacob). Ce qui est hautement improbable.
Aux Israélites qui sont revenus en Palestine (sic !), après que la famine a eu cessé en Canaan. Mais rien ne prouve qu’ils sont tous demeurés en Égypte, jusqu’à l’Exode.
À certains Israélites qui, après l’Exode, peuvent avoir exploré la Palestine (sic !) et l’avoir prospectée, dans le souhait de l’occuper, ce qui les a conduits à vaincre les Canaanites, comme cela est raconté dans Nombres.
Dans l’hypothèse où il y aurait eu une division des Israélites, la mention « Israël » renverrait essentiellement à la première hypothèse.
Le chapitre se conclut sur une comparaison avec un texte de Karnak que Johannes Dueminchen (1833-1894) a publié et qui semble être une copie du texte de la stèle, mais il est étonnant que Petrie ne mette pas en lumière le fait que le nom « Isiriar » ne figure pas sur le « mur de Karnak » .
En 1904, Spiegelberg prend le relais et écrit : «La lecture Isir’ar et la signification Israël est tout à fait certaine ». Pour lui, il est définitivement établi qu’une souche ou un peuple « Israël » existe, vers 1250 avant l’ère commune en Palestine (sic !). Ce jugement qui transforme une hypothèse en certitude introduit aussi une grande confusion, puisqu’il fait état du mot de « Palestine » dont on sait qu’il n’est pas présent sous sa forme hiéroglyphique sur la stèle de Mineptah. Spiegelberg publie un texte de savant, mais il se donne la facilité de s’adresser au plus grand nombre, sans se rendre compte qu’il induit une lecture rétroactive de l’histoire d’Israël et de l’Égypte en donnant consistance à un nom dont il n’est pas question à l’époque sur la stèle. Le savant confond d’ailleurs allègrement « Canaan » et « Palestine » et prétend que c’est de cette contrée que la stèle parle, sans en avoir la moindre preuve. Et il continue : « Israël est nommé parmi les contrées palestiniennes ». Puis il se met à reconstruire une chronologie d’Israël, un des passe-temps favori des égyptologues et des savants biblistes, en appui sur le Livre des rois. Enfin, en appui sur la datation de la mention « Isriar » = « Israël » sur la stèle, Spiegelberg s’autorise à formuler une hypothèse qui devait connaître un immense retentissement : celle d’un lien existant entre « l’enseignement d’Akhenaton » (qu’il date vers 1390) et le « monothéisme israélite ». Finalement, Spiegelberg conclut sur un résumé de l’histoire d’Israël à partir de l’irruption et de l’invasion de l’Égypte par les Hyksos (1640-1530 avant l’ère commune ) jusqu’à Mineptah.
On voit en quel sens, l’interaction de l’égyptologie et de la science bibliste est dominée par un raisonnement en boucles. Ce point a été clairement énoncé par Alessandra Nibbi, dans « Canaan And Canaanite in Ancient Egypt ». Elle reproche aux biblistes de recourir à l’égyptologie pour donner de la consistance au récit biblique lequel ne s’appuie sur aucun fait dûment établi, en échange de quoi les égyptologues utilisent la science biblique pour contrebalancer les incertitudes des données notamment géographiques qui concernent la présence des enfants d’Israël en Égypte.
Le consensus des égyptologues et l’extension de la préconception biblique
Depuis que le couple Petrie / Spiegelberg a posé le postulat que « Isiriar » = « Israël », le consensus des égyptologues a été total, comme Michael G. Hasel, élève du spécialiste américain de l’archéologie cananéenne William Dever, l’a rappelé récemment (in « Merenptah’s Reference to Israel: Critical Issues for the Origin of Israel », in Critical Issues in Early Israelite History, Edited by Richard S. Hess, Gerald A. Klingbeil, and Paul J. Ray Jr., Winona Lake, Indiana Eisenbrauns, 2008). Dès 1896, Alan H. Gardiner écrit : « M. Petrie vient de faire une découverte d’un intérêt tout à fait exceptionnel. Au cours de ses fouilles récentes à Thèbes, il a trouvé une stèle où, pour la première fois, le nom d’Israël paraît sur un monument égyptien ». Il traduit l’hapax par : « ceux d’Israïlou ». Puis il rappelle que « cette petite phrase a été étudiée par trois traducteurs, M.Maspero, M.Griffith et M.Spiegelberg. M. Petrie en a fait ressortir l’importance historique ». Pour autant, sa conclusion : « Il nous suffit d’avoir appelé ici l’attention sur cette heureuse découverte, dont la portée, en ce qui touche l’histoire biblique, est loin encore d’être établie avec certitude », indique clairement que, quoi qu’il en ait, l’incertitude porte sur l’adéquation de la mention au scénario biblique, non sur sa traduction . Gaston Maspero est lui aussi catégorique. Il confirme que « c’est sur une stèle de ce prince (Mineptah), à propos de la victoire qu’il remporta sur les Libyens, que le nom d’Israël paraît pour la première fois avec certitude ». Raymond Weill, quant à lui, n’hésite pas à écrire, en 1924 : « Chez les Égyptiens, aux alentours de 1230 avant J.-C., on trouve mention d’Israël en Palestine (sic !), dans un texte célèbre de Mineptah (en note, il renvoie à Petrie, et à notre « littérature extrêmement abondante depuis lors »), et tout de suite après, dans un document du règne de Séthi II, mention de gens d’Edom comme Bédouins de passage sur la frontière de l’isthme ». Il oublie simplement de dire que « Edom » n’est pas un hapax, alors que « Isriar » l’est . Plus près de nous, André Lemaire bâtit un scénario sur cette mention , tandis que Thomas Schneider, un égyptologue spécialisé dans les relations linguistiques entre le sémitique et le hiéroglyphique, tient pour acquis que c’est sur la stèle de Mineptah que se trouve la plus ancienne mention d’Israël en Ancien Orient .
Or les égyptologues ne se sont pas contentés de ce consensus, ils lui ont donné une extension, en appui sur les travaux des archéologues contemporains. Plus près de nous, ils se sont essentiellement appuyés sur Dever, T.L. Thompson et I. Finkelstein, pour identifier la nature du groupe décrit par « Isiriar » et lui donner le sens d’une entité socio-ethnique ou socio-politique appelée « proto-Israël ». Je reviendrai un peu plus loin sur l’hypothèse de travail de I. Finkelstein. N.P. Lemche et R.B. Coote préfèrent parler d’une tribu nomade, tandis que L.E. Stager croit y voir un groupe sédentaire. Pour sa part, W.H. Stiebing Jnr. parle d’une tribu semi-nomade à l’intérieur de Canaan et refuse de lui donner un contenu ethnique .
Devant cette pluralité d’hypothèses, toutes plus incertaines les unes que les autres, sur fond de ce qui est réputé être une vérité, ils en sont venus à se pencher tout particulièrement sur le déterminatif figurant la population qui se trouve à la fin (ou au début, selon l’écriture ou la lecture) du mot. Tenant pour acquis que les autres noms qui figurent dans le passage de la stèle concernée sont bien Ashkelon, Gezer and Yano`am et qu’il s’agit bien de cités-états, M.G. Hasel rappelle que le déterminatif d’Israël est composé d’un homme et d’une femme, qu’il indique la pluralité et qu’il lui est associé le signe de l’étranger. Il est donc clair que « Israël » indique un peuple étranger plutôt qu’un pays. Et Hasel de conclure : J.A. Wilson, en appelle à l’insouciance bien connue des scribes de la dernière période, ainsi qu’aux maladresses qui sont lisibles dans le texte (in « Egyptian Hymns and Prayers » In J.B. Pritchard (ed.) « Ancient Near Eastern Texts Relating to the Old Testament » 1955;378). Ahlström pose la question : le scribe savait-il exactement de quoi il devait parler ( »The Origin of Israel in Palestine ». S.J.O.T. 2, 19-34 1991;22 ) ? Qui peut être assuré que le scribe avait une connaissance approfondie des peuples et des cités-États dont il parlait ? Peut-être ne savait-il rien de cet « Israël » qu’il devait inclure dans l’inscription. Nous ne pouvons écarter l’idée que le figuratif soit une pure conjecture. Mais, c’est faire usage d’une méthodologie précaire que de congédier la distinction essentielle que le figuratif indique. Il faut donc admettre que « Isiriar » = « Israël », c’est-à -dire une entité dotée d’une structure socio-politique distincte de celle des cités-états mentionnés dans ce texte . Bien plus, selon Ahlström et Edelman, une lecture en miroir de la structure du texte concerné permet de situer Israël géographiquement : la mention d’Israël est vue par Mineptah et par son scribe comme la mention inversée de Canaan, ce qui indique clairement qu’Israël désigne les régions hautes de « Cisjordanie Palestine » (sic !) et Canaan les pays bas et la côte .
Compte tenu de tous ces éléments, Hasel en vient à conclure que plutôt que d’une entité sociopolitique, il vaut mieux parler d’une entité socioethnique suffisamment puissante pour être mentionnée en compagnie des principaux cités-états qui ont été neutralisés. Le moins que l’on puisse dire est que si les uns craignent que le scribe ne sache pas exactement de quoi il parle, Hasel est, lui, persuadé qu’au contraire, il est capable de faire cette distinction très fine et qu’il y tient (1994;51). Tantôt le scribe est imparfait, tantôt il est parfait. Hasel pousse d’ailleurs l’argument de la perfection du scribe au point de faire remarquer que, compte tenu du terme qu’il utilise pour désigner la semence ou le grain (« prt »), c’est en tant que entité socioethnique d’agriculteurs (et peut-être d’éleveurs) sédentaires qu’Israël est désigné comme occupant alors les hauteurs de Canaan.
Parvenu à ce résultat, le raisonnement débouche sur une nouvelle question : quel rapport y a-t-il entre le soi-disant « Israël » de la stèle et l’ancien Israël de la Bible ? Si, pour R.B. Coote [1990], W.G. Dever [1992a and b], B. Halpern [1992]), ce lien est indéniable, pour I. Finkelstein (1991, 1995), N.P. Lemche (1988) T.L. Thompson (1992), N. Na’aman (1994), il n’est nullement évident. D’autres, comme Coote & Whitelam [1997] et P.R. Davies [1992]), pensent même que ce lien n’existe pas.
Un auteur s’est posé cette question en termes linguistiques : Don Stewart . Sa thèse est la suivante : Dans l’ancien temps, lorsque les Égyptiens parlaient de Ammon, Moab, la Phénicie et Israël, ils parlaient de « Punt » ou de « la région de Pun-t ». Mais, lorsqu’ils ne parlaient que d’« Israël », ils disaient « Retinu », « Retinu du Nord » (pour « Israël »), « Retinu du Sud » (pour Judah). Il n’est donc pas nécessaire de rechercher ni « Jacob » ni « Israël » dans la littérature pharaonique de cette époque, mais « Retinu ». Ce serait une corruption de l’hébreu « Eretz-ainu ». Les Égyptiens auraient « vandalisé » les mots hébraïques. Souvent les étrangers déforment les mots. Le « e » semble manquer dans les hiéroglyphes. L’hébreu « eretz » is épelé « aleph, resh, tzadi ». Ainsi, le « A » devrait être prononcé comme les Hébreux le faisaient et comme les Juifs le font encore. « Ainu » veut dire « notre ». Les anciens enfants d’Israël disaient simplement « eretz ainu » (« notre pays ») : par exemple : « vous êtes à présent dans « notre pays (« sur notre terre ») ». Or, Mineptah semble avoir été le seul pharaon à se référer à « Israël ». Pour quelle raison ? Don Stewart imagine que c’est tout simplement parce qu’à son époque, les enfants d’Israël ne disaient plus « Notre pays », mais « Israël ». En fait, en dépit de l’archéologie, il décide de transporter Mineptah à l’époque de Nabuchodonosor. L’époque de la Stèle ne serait pas 1210 avant l’ère commune, comme tous les égyptologues le pensent, mais 586, soit après la déportation des Judéens à Babylone, par Nabuchodonosor et après qu’il aurait eu castré tous les hommes juifs et dévasté tout le pays. Si Mineptah le raconte, c’est parce qu’il s’empresserait de constater les faits et de les interpréter comme une vengeance de l’affront que l’Égypte a subi, lors de l’exode des Hébreux, en 1485 avant l’ère commune. Tandis que Moïse aurait réussi à imposer à Pharaon « d’emporter la semence de Jacob-Israël » vers Canaan où Dieu voulait en faire une grande nation », Israël en serait, à présent, réduit à demander protection à Mineptah. À l’appui de ce roman, la définition du nom de Mineptah : « Merneptah Baenre Meriamun Hotephir-maat » qui, en Jérémie 44-30, serait appelé « Hophra », ou « Pharaoh Hophra Melech Mitzraim ». Ici, nous comprenons combien le postulat de Petrie/Spiegelberg est indispensable pour cautionner des reconstructions qui, assez souvent, reposent sur des approximations (ici, linguistiques). Bien plus, Don Stewart aurait réussi à se familiariser avec l’esprit même de Mineptah, jusqu’à identifier ses intentions et sa stratégie d’écriture. Il serait le pharaon de l’hapax, car l’hapax ne serait que la trace unique du retournement de l’exode en supplication. Nul ne niera l’ingéniosité de l’hypothèse, mais toutes les conséquences de l’invalidation de la chronologie des rois d’Égypte et son déplacement de plus de cinq cents ans ne sont pas évoqués. En fait, Stewart confond une possibilité de datation de l’écriture de la Torah et la datation des événements qu’il essaie de reconstituer.
Les lectures émancipées de la « préconception biblique »
Mais, d’ores et déjà apparaît un élément supplémentaire dans le raisonnement en boucles et que l’on ne peut rompre qu’à l’aide de constructions fantaisistes dont nous avons parlé plus haut. Ainsi, l’égyptologue s’appuie-t-il sur l’archéologue, mais l’archéologue s’appuie aussi sur l’égyptologue.
Par exemple, Finkelstein écrit : « En deuxième lieu, détail des plus convaincants, la plus ancienne mention d’Israël dans un texte extra-biblique fut découverte en Égypte sur une stèle qui décrit la campagne militaire entreprise par le fils de Ramsès II, le pharaon Merneptah, contre Canaan, au cours de laquelle un peuple nommé Israël aurait été anéanti ; le pharaon déclare péremptoirement qu’il n’en reste plus rien.. » Puis, candide, il ajoute « Il se vantait, bien sûr, mais la stèle prouve qu’un groupe humain portant le nom d’Israël était déjà établi à Canaan à cette époque. Donc d’après les savants, si un exode historique a vraiment eu lieu, il doit s’être déroulé vers la fin du XIIIe siècle. » Pour le dire autrement, la préconception biblique induit un système de pensée qui produit de l’autoréférence élargie et un questionnement en vase clos à l’aune duquel on établit comment produire une avancée dans le domaine de la connaissance historique et anthropologique. Finalement, nous avons affaire à une critique de l’Ancien Testament qui ne sort pas des limites du texte sacré, mais qui, au contraire la renforce par assimilation de l’égyptologie et de l’archéologie. Édouard Naville posait la question du renouvellement du « système de Wellhausen » en questionnant son adéquation « avec les monuments, avec les résultats obtenus, non par l’étude du texte, mais par le travail de la pioche dans le sol de la Palestine (sic !) et des pays qui l’avoisinent. » Il semble que le postulat de Petrie / Spiegelberg que Naville ne semble d’ailleurs pas avoir discuté ait permis de répondre par un tour de vis supplémentaire : c’est bien par le travail de pioche qu’on répond, mais à condition que le résultat qu’on en tire soit en adéquation fondamentale (même s’il y a matière à interprétation) avec le texte sacré. L’importance est d’avoir la « preuve » qu’Israël existait bien à l’époque des Ramsès.
Le fait que le postulat de Petrie / Spiegelberg ait introduit plus d’obscurité que de clarté dans l’examen et la compréhension des rapports entre l’Égypte ancienne et les enfants d’Israël, au point de produire un faisceau d’hypothèses qui peuvent bien se nier les unes les autres, du moment que chacune d’entre elles respectent le refus de questionner le sens d’un mot dont le statut d’hapax est indéniable, n’a pas échappé à certains égyptologues. Parmi ceux-ci, Alain Zivie constate que la victoire qui est racontée sur la stèle n’est pas évoquée par la Bible et suggère de repenser l’exode en faisant « table rase des constructions toutes faites, comme cette association purement gratuite de l’Exode et de Ramsès II ». Zivie préconise de tenter de trouver un fil directeur qui tienne compte, « après les avoir passées au crible d’une saine critique, des données bibliques, et, sur le même plan, des données égyptiennes du IIe millénaire, ainsi que des écrits des polygraphes égyptiens tardifs, comme aussi des traditions rabbiniques (haggada) ». Aussi propose-t-il d’interpréter la stèle de Mineptah comme une indication selon laquelle « seule une partie des enfants d’Israël, peuple encore en formation, a connu la servitude en Égypte et l’Exode, tandis qu’une autre partie (la plus grande ?) était restée en Syrie-Palestine (sic !) et vivait une autre histoire, cependant en partie liée à celle dont la Bible e fait l’écho » ((in « Ramsès II et l’Exode : une idée reçue ? », in Le monde de la Bible, Folio, 1998, p. 459). Mais, à aucun moment, il ne met en doute le postulat de Petrie / Spiegelberg.
Tout autre est l’attitude de Alessandra Nibbi. Dans « Canaan And Canaanite in Ancient Egypt », elle revient sur les populations que les égyptologues ont, à tort, selon elle, l’habitude d’appeler « Lybiens ». Elle les tient, en fait, pour des populations cananéennes qui étaient installées à l’est et à l’ouest du delta égyptien. Arguant que les égyptologues évitent soigneusement toutes les références à Canaan qui se trouvent dans les textes égyptiens, elle tient les Cananéens et les Phéniciens pour des entités socio-culturelles plutôt que pour des états ou des empires. Faisant suite aux travaux de Y.Aharoni , elle se plaint également des confusions sémantiques qui conduisent souvent les égyptologues à mettre Canaan en équivalence avec Palestine, sans la moindre raison. Elle indique que la mention « Canaan » ne fait aucun doute sur la stèle de Mineptah, mais que Canaan se situe ailleurs que dans ce que l’on appelle depuis « Palestine ». Puis, elle en vient à la mention « Isiriar » indiquée par Spiegelberg, retranscrit désormais en « ‘jsrj3r(w) ». elle commence par remarquer que, si, en 1906, James Breasted est surpris que la stèle fasse apparaître la mention « Isiriar » (= « Israël ») plus tôt que dans les écritures hébraïques elles-mêmes, il ne voit là aucunement matière à s’opposer au postulat traductionnel. Pourtant, sur la stèle figurent les noms de Tehenu, Kheta, Pekanan dont la traduction est incontestable, alors que celle qui aboutit à Ashkelon, Gezer, Renoam, Israël et Palestine (pour l’égyptien Kharu) est arbitraire. Le postulat de Petrie / Spiegelberg est donc pris dans un ensemble d’erreurs de traduction. Plus récemment, lorsque Gerhard Fecht et Erik Hornung étudient le texte de la stèle, le premier commente en détail la métrique, mais ne fait aucune remarque sur la traduction des noms étrangers. De même Hornung ne questionne pas la traduction originaire de Petrie / Spiegelberg. Or, Nibbi souligne qu’il est temps de tenir compte de l’impossibilité pour Israël d’être, à cette époque, une cité-état et de l’impossibilité pour les égyptologues de trouver ce nom quelque part ailleurs dans la littérature pharaonique.
Pour revisiter le postulat de Petrie/ Spiegelberg, elle propose de revenir à la graphie du hiéroglyphe telle qu’elle figure sur la stèle et telle que James B. Pritchard en a publié la photographie . Or, la première chose qui saute aux yeux est qu’il y a de sérieuses raisons de douter du signe représentant le troisième roseau qui n’est pas dessiné comme les deux précédents. Il ressemble davantage à un couteau ou peut être vu comme un pilon. Quant à la figure qui a été acceptée comme étant un aleph, il faut noter qu’elle n’est pas pourvue du corps substantiel du vautour, même si le sommet de sa tête est droit et plat. (Faut-il alors se rassurer en affirmant qu’elle renvoie plutôt à une buse, parce que le scribe a commis une fois encore une erreur graphique ?) Certes, il n’est pas aisé de revenir sur ce texte, mais il convient de faire face à la réalité graphique avant de prétendre qu’on a compris les problèmes que l’existence de ce mot « ‘jsrj3r(w) » pose. Rappelant que le texte de la Stèle raconte les efforts de Pharaon pour réprimer une révolte des populations aux dialectes étrangers qui sont installées en Kmt, (mot égyptien qui désigne l’Égypte), la Cité noire,et qui se sont coalisées contre lui, elle rappelle qu’il est impossible de traduire Jsqrn et Qdr par Askelon et Gezer, sans avoir de bonne raisons qu’elle ne trouve pas. Pour elle, ces entités se trouvent en Égypte. Bien plus, toutes les populations qu’on appelle « Lybiennes » étant en fait décrites comme des « porteuse de boucles sur le côté », il n’y a donc aucune raison d’exclure la soi-disant population d’Israël de ces gens. Sa conclusion est que la traduction de Petrie / Spiegelberg n’est qu’une proposition et que les « ‘jsrj3r(w) » ne sont pas distincts des autres « porteurs de boucle sur le côté », les thnw, rbw, msws et tmh, bien connus depuis longtemps des Égyptiens.
Mais si, comme elle l’affirme à juste titre, la traduction qu’elle propose n’est pas inappropriée, reste à savoir pourquoi le scribe appellerait seulement les « ‘jsrj3r(w) » et pas les autres « porteurs de boucles de côté », d’autant que cette expression ne correspond pas à « ‘jsrj3r(w) ». En effet, n’oublions pas qu’il s’agit d’un hapax. Il est donc impossible de le tenir pour la description d’un signe distinctif qui concerne toute une série d’autres populations par ailleurs jamais nommées comme telles dans aucun autre texte. En mettant en question le postulat initial, Nibbi nous entraîne vers un abîme d’obscurités et elle s’en rend si bien compte qu’à ce stade de son développement, elle se croit obligée de résumer sa position sur la présence des enfants d’Israël, avant d’entrer en « Palestine » (sic ! Où l’on voit qu’elle est elle-même gagnée par la confusion quelle critique).
Sa référence est l’historien John Bright qui, en 1972, reconstruit l’histoire comme suit : les ancêtres d’Israël sont descendus en Égypte à l’époque des Hyksos, ainsi que d’autres Hébreux (appelés « ‘Apiru » en égyptien), à l’époque d’Aménophis II (1438-1412). Bien que nombre d’entre eux allaient et venaient en et hors d’Égypte, certains furent retenus comme travailleurs de force sous Séthi 1er et Ramsès II. Ils se composaient d’anciens esclaves dotés d’une tradition patriarcale et c’est cette population bigarrée qui a accompli l’Exode au 13e siècle avant l’ère chrétienne, sous la conduite de Moïse. Je passe sur les développements ultérieurs. Ce qui est sûr, c’est que Nibbi pense qu’il n’y a probablement aucun lien entre les « ‘jsrj3r(w) » et les enfants d’Israël, même si, remarque-t-elle, certains Juifs orthodoxes d’aujourd’hui portent de longues tuniques et des boucles de cheveux sur le côté, comme les « ‘jsrj3r(w) » de jadis.
Une hypothèse monothéiste non biblique : « ceux qui s’affairent avec Ya » ?
À la fin, curieusement, Nibbi cite Peter Kaplony qui a tenté de démontrer que les écritures tardives de « Isis » et d’« Osiris » étant « 3jrsrjt » et « 3jsrj », ce qui signifie « celui ou celle avec des boucles de cheveux ». Il est donc légitime de rapprocher « 3jsrj » de « ‘jsrj3r(w) » . Si ce rapprochement est justifié par la méthode comparative, il jette alors un nouveau regard sur le sens de l’hapax que nous étudions. Écartons d’emblée l’idée que la population « ‘jsrj3r(w) » serait sectatrice d’Isis et d’Osiris, car il n’y a pas de figuratif représentant un dieu ou une déesse dans l’hapax et il serait pour le moins saugrenu que Mineptah ait anéanti une population qui partageait, avec lui, la croyance dans la mythologie d’Isis et d’Osiris. Pour autant, force est de constater que le rapprochement littéral avec «Isis » et « Osiris » fait apparaître une proximité nouvelle entre l’hébreu et l’égyptien. Ce rapprochement doit lui-même être rapproché de l’opération de traduction par laquelle Rowley (1950) parvient de « ‘jsrj3r(w) » à « Asher », le fils de Jacob et chef de tribu . Car « Asher » renvoie explicitement au nom hébraïque de Dieu, tel qu’il figure dans le verset biblique « eyeh asher eyeh » dans lequel Dieu donne la définition de son nom (Je suis celui qui, étant celui qui a été est et sera, est celui qui a été, est et sera). Pour le dire autrement, il y aurait là la trace d’une filiation sémantique oubliée entre la désignation d’Osiris, celle du Dieu d’Israël et la population « ‘jsrj3r(w) », nommée sur la stèle de Mineptah. Si l’on revient à la graphie de l’hapax, nous avons vu que le déterminatif représentant un homme et une femme avec plusieurs traits et précédé d’un signe était connu pour signifier des gens étrangers qui étaient définis par des occupations . Il est donc possible que les hiéroglyphes qui précèdent le figuratif les caractérisent. Parmi ces hiéroglyphes, on trouve les deux yod, puis un Yod suivi d’un épervier (à supposer que ce sont bien un yod et un épervier). Or, dans le Grand hymne à Aton, on voit les deux yod signifier « le créateur ». Par ailleurs, le Yod suivi d’un épervier se lit : « Ya », comme dans « Yahoud/t » ou « El », comme dans « Aper-El » . Cette lecture nous conduirait alors à penser qu’il s’agirait d’une population étrangère qui croit en Ya (=El), le créateur. Cette lecture, incomplète, irait, certes, dans le sens du postulat de Pétrie et de Spiegelberg, mais à condition de penser qu’il y a un lien entre « Isiriar » (« ‘jsrj3r(w) ») et les sectateurs de Ya (=El). Or, nous savons que « Ya » est une partie de la mention Yhw qui est inscrite sur les deux lions qui figurent sur les colonnes du temple de Soleb en Haute-Égypte et que, construit par Aménophis III, Soleb est une copie réduite du temple de Karnak. Aménophis III s’y est fait adorer comme adorant Yahou, par ailleurs dieu des Shasous. Dans ce contexte, il n’est pas impossible que les autres hiéroglyphes désignent le maintien de la tradition spirituelle qui se réfère au Ya créateur et qui conduit jusqu’au dieu El, nonobstant l’argument qui veut que, pour désigner un dieu, il faut lui accoler un déterminatif. Car, le signe « ri » ou « ir » qui peut se lire « re » ou « er » indique peut-être une variante syllabique en Néo-égyptien d’un nom asiatique qui contient l’élément théophore du dieu « El ». Un lien très net pourrait ainsi être établi entre « Isiriar » et « Aper-El ». Dans ce contexte, Mineptah qui est l’héritier de ceux qui ont maudit Aménophis IV-Akhenaton aurait pu tenir à dire qu’au cours de ses guerres en Canaan, il avait éradiqué les derniers héritiers de cette tradition que, par ailleurs, il ne tenait pas pour divine (d’où l’absence de figuratif du dieu). Ce qu’il aurait marqué d’un signe supplémentaire en inscrivant son texte au dos d’une stèle d’Aménophis III. « Isiriar » (« ‘jsrj3r(w) ») serait donc un hapax qui désignerait ce fait unique de la tentative d’anéantissement des héritiers spirituels de Yah (=El), pendant la XVIIIe dynastie, dont il fallait éliminer la mémoire en les faisant disparaître de la surface de la terre, parce que tant que l’un d’entre eux était en vie, ils représentaient encore un danger mortel pour l’Egypte.
La lecture révolutionnaire de Joseph Davidovits
Il est donc impossible, pour qui veut faire la lumière sur l’hapax « Isriar » de s’en tenir à la lecture et à la traduction de Petrie/Spiegelberg. Récemment, un grand égyptologue l’a reconnu au cours d’un entretien par courriels que nous avons eu ensemble, mais il n’a pas donné suite. Il m’a fallu lire le dernier ouvrage de l’égyptologue Joseph Davidovits pour commencer à trouver des réponses aux questions que je me posais. J’ai reçu récemment Davidovits dans mon séminaire. Il a exposé sa thèse qui fait l’objet de son livre « De cette fresque naquit la Bible ». Il démontre que « la traduction de la stèle indiquant la destruction d’Israël est fausse. Pour lui, le peuple iisii-r-iar (Israël) n’est pas dévasté. Au contraire, il existe. Cette nouvelle version est conforme à l’enseignement de l’égyptologie. Il est clair que les armées de Merneptah n’ont ni attaqué ni écrasé les nations et peuples de Canaan, puisque leur action se limitait à la Libye, dans le Nord-Ouest de l’Égypte. Merneptah fait tout simplement le constat de la situation générale de l’Égypte et de ses voisins, Canaan incluse. La mention, ligne 27, selon laquelle Israël n’a plus de semences (de céréales) relevait donc d’une falsification du texte. Elle concerne le peuple mentionné à la suite, Kharou, c’est-à -dire les Hittites. Cette interprétation est démontrée par l’archéologie. On sait en effet que Merneptah expédia des céréales aux Hittites victimes de la famine (Khati et Kharou).
La falsification de la lettre m (chouette) en lettre aa (vautour) fut vraisemblablement le fait du découvreur de la stèle, Flinders Petrie, en 1896. Dès le départ, lui et ses collègues tracèrent les hiéroglyphes à la craie ainsi, car, dans leur esprit, le pharaon Merneptah devait avoir attaqué et détruit la contrée de Canaan, afin de poursuivre le peuple de l’Exode, Israël. Cette trace de craie fut maintenue sur la stèle, jusqu’à nos jours. A ma connaissance, aucun égyptologue, ni historien biblique, n’a remis en cause la lecture (plutôt la non-lecture) de ce hiéroglyphe falsifié. »
Davidovits vient de me faire savoir qu’il est possible de prendre connaissance de ses travaux sur son site, à l’adresse : http://www.davidovits.info/398/falsification-de-la-stele-de-merneptah-dite-disrael. C’est pourquoi, je convie le lecteur à s’y rendre, soulignant que, dans cet article, il explique que « Isiriar » signifie « « exilés en hâte à cause de leur hérésie », ce qui se note en égyptien « iissi-r-iar ».